Une page qui n’existe plus : hommage à Claude Balier

Cette adresse a longtemps servi à héberger un document en hommage à Claude Balier. Le fichier n’existe plus, et je ne le remplace pas : je ne l’ai pas lu, je ne connais pas son travail, et je n’ai pas qualité pour en parler. Ce serait malhonnête de faire semblant.

Mais plutôt que de laisser cette page se perdre dans le vide, je préfère écrire ce qu’elle m’évoque, parce que ça touche exactement à ce dont je parle ici.

Ce qui reste d’une personne, et où

Un hommage déposé sur un site associatif, c’est une forme de mémoire particulière. Quelqu’un a pris le temps de l’écrire, quelqu’un d’autre l’a mis en ligne, et pendant des années il est resté là, consultable par des gens qui n’avaient jamais rencontré l’intéressé. Puis le site a changé de mains, ou de forme, ou simplement d’hébergeur, et le fichier a disparu. Les liens qui pointaient vers lui, eux, sont restés.

Je trouve ça assez troublant. On range volontiers la mémoire du côté du cerveau, avec les exercices, les ateliers et les tests, alors qu’une grande partie de ce qui se transmet tient à des supports matériels très fragiles : une boîte à chaussures de photographies, un classeur d’archives associatives, un fichier sur un serveur que personne ne paie plus. J’ai chez moi des boîtes de négatifs que je suis seule à savoir lire. Dans vingt ans, ce sera du papier muet.

Les associations romandes qui travaillent avec des personnes âgées se heurtent à ça tout le temps. Pro Senectute publie régulièrement sur la transmission et sur les récits de vie ; les Archives de l’État de Genève acceptent des fonds associatifs, mais encore faut-il que quelqu’un ait l’idée de les leur proposer avant la dissolution. Entre les deux, beaucoup de choses s’évaporent sans que personne ne décide rien.

Pourquoi cette page existe quand même

Parce qu’une adresse qui renvoie une erreur ne dit rien à personne, alors qu’une adresse qui explique ce qu’elle contenait rend un petit service à celui qui arrive là par un lien vieux de dix ans. C’est le même raisonnement que pour les corrections d’articles, détaillé sur ma démarche : je préfère laisser une trace lisible plutôt qu’un trou.

Si vous cherchiez ce document précis et que vous savez où il se trouve aujourd’hui, le formulaire de contact est ouvert, et je mettrai le lien ici. Et si vous êtes tombé ici par hasard, le carnet continue de ce côté.