Un atelier mémoire à Carouge, et ce que j’en ai retenu

Je me suis inscrite à un atelier mémoire au printemps, six séances d’une heure et demie dans une salle communale de Carouge. Moitié par curiosité pour ce carnet, moitié parce que je perds les prénoms depuis deux ou trois ans et que ça m’agace. Nous étions onze, de cinquante-huit à quatre-vingt-sept ans. Je raconte ici ce qui s’y est réellement passé, sans embellir.

Ce qui se passe réellement dans un atelier mémoire

Rien à voir avec ce que j’imaginais. Je m’attendais à des exercices scolaires sur photocopie, avec des listes de mots à retenir et une correction collective un peu humiliante. Il y a eu un peu de ça, la première séance, et c’était le moment le moins intéressant.

Le reste tournait autour de situations concrètes. Retrouver l’itinéraire d’un trajet qu’on fait tous les jours, en le décrivant à voix haute. Décrire une photographie pendant deux minutes, puis la redécrire de mémoire cinq minutes plus tard. Apprendre à lier un prénom à un détail visuel, ce qui est une technique vieille comme le monde que personne ne m’avait jamais montrée.

L’animatrice répétait à chaque séance une chose qui m’a marquée : l’atelier ne sert pas à augmenter une capacité, il sert à installer des habitudes d’attention. La différence m’a paru considérable et elle explique pourquoi j’étais partie avec de fausses attentes.

Le déroulé était identique chaque semaine, ce qui m’a d’abord agacée et que j’ai fini par apprécier. Un quart d’heure de bavardage en arrivant, pendant lequel personne ne presse personne. Deux exercices courts. Une pause. Un exercice long. Dix minutes de retour collectif où chacun dit ce qu’il a trouvé difficile. Cette dernière partie était la plus intéressante, parce qu’on y découvrait que les difficultés n’étaient pas les mêmes d’une personne à l’autre, ce qui soulage beaucoup plus qu’un encouragement.

Un détail d’organisation m’a semblé peser lourd : les tables étaient disposées en carré, pas en rangées face à l’animatrice. On se voyait. Au bout de deux séances, les gens s’appelaient par leur prénom, ce qui est précisément l’exercice qu’on travaillait.

Ce que ça m’a apporté, concrètement

Trois mois après la dernière séance, voici ce qui est resté.

Les prénoms, un peu. Pas par magie : parce que j’ai pris l’habitude de répéter le prénom dans la phrase qui suit la présentation, ce qui est gênant pendant trois secondes et efficace pendant des mois. Les listes de courses, pas du tout, je continue de les oublier sur la table de l’entrée. Les trajets, oui, j’ai remarqué que je regardais davantage autour de moi quand je marche, ce qui est un effet secondaire que personne n’avait annoncé.

Et puis il y a eu l’autre chose, celle dont on ne parle pas dans les descriptifs : onze personnes qui se retrouvent six jeudis de suite finissent par prendre le café ensemble après. Deux participantes continuent de se voir. Je ne sais pas comment on range ça dans une évaluation de dispositif, mais c’est ce qui a le plus changé pour certaines d’entre nous.

Une participante de quatre-vingt-sept ans, la doyenne du groupe, m’a dit à la dernière séance qu’elle s’était inscrite pour sortir de chez elle le jeudi et que les exercices lui étaient égaux. Elle le disait sans gêne, devant l’animatrice, qui a répondu que c’était une raison valable. J’ai trouvé l’échange plus honnête que la moitié des brochures que j’ai lues depuis.

Ce que ça ne m’a pas apporté

Je tiens à l’écrire aussi, parce que les récits qui ne contiennent que du positif me rendent méfiante.

Je n’ai pas eu de réponse à la question qui m’avait amenée là, à savoir si mes oublis étaient normaux. L’animatrice n’était pas là pour ça, elle l’a dit dès le premier jour avec beaucoup de clarté, et elle a renvoyé deux participantes vers leur médecin de famille au cours des six semaines. C’est exactement ce qu’il fallait faire et je l’ai notée comme une qualité, pas comme une lacune. Un atelier mémoire n’est pas une consultation et ne prétend pas l’être. Pour une inquiétude sur sa propre mémoire ou celle d’un proche, c’est vers un organisme compétent qu’il faut se tourner, pas vers une salle communale ni vers un carnet comme le mien.

Je n’ai pas non plus trouvé le groupe très mélangé. Dix femmes, un homme. L’animatrice m’a dit que c’était la proportion habituelle et qu’elle ne savait pas comment la changer.

Où en trouver en Suisse romande

Les ateliers mémoire sont proposés par plusieurs structures et il n’existe pas, à ma connaissance, de répertoire unique. Pro Senectute en organise dans plusieurs cantons romands, souvent sous forme de cycles courts. L’Association Alzheimer Suisse et ses sections cantonales proposent des activités de stimulation, davantage orientées vers les personnes concernées par un diagnostic et vers leurs proches, ce qui est un autre cadre. Certaines communes et certains centres médico-sociaux relaient des cycles organisés par des indépendants.

Le prix varie beaucoup, de la gratuité à une centaine de francs le cycle. Le mien coûtait soixante francs les six séances et j’ai appris en cours de route que la commune en payait une partie, ce qui n’était écrit nulle part.

Pour trouver ce qui tourne près de chez soi, le plus efficace reste d’appeler l’antenne cantonale de Pro Senectute et de demander le programme du trimestre, puis de poser la même question au centre médico-social de la commune. Les deux ont rarement la même liste. J’ai aussi découvert le mien par une affiche à la bibliothèque municipale, ce qui reste, je le constate à chaque fois, le canal le plus complet et le moins commode.

Si vous hésitez

Mon conseil, pour ce qu’il vaut : demandez le déroulé de la première séance avant de vous inscrire, et demandez combien de participants. Au-delà de douze, d’après ce que l’animatrice m’a expliqué, les exercices à voix haute deviennent difficiles à tenir. Et si vous y allez en espérant une réponse médicale, vous repartirez déçu, parce que ce n’est pas ce qu’on vous y vendra.

J’ai prévu d’essayer les exercices seuls, à la maison, pour voir ce que ça donne sans groupe : la question du collectif revient à chaque fois dans ce carnet, et je commence à me demander si elle n’est pas la seule qui compte. Vous pouvez aussi me dire ce que vous avez testé de votre côté en passant par le formulaire de contact.

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