Les activités pour personnes âgées que personne ne pense à chercher

Tapez activités pour personnes âgées dans un moteur de recherche un soir d’hiver et vous obtiendrez trois résultats : de la gymnastique douce, des après-midi jeux de société, des sorties en car. Ce sont de bonnes choses et je ne les méprise pas. Mais après un an à traîner dans les salles communales et les locaux associatifs romands, je constate que les propositions les plus vivantes ne sont presque jamais rangées sous cette étiquette.

Pourquoi les activités pour personnes âgées se cachent ailleurs

La raison est assez simple quand on y pense. Une association de botanique, un ciné-club de quartier ou un atelier de reliure n’écrit pas qu’il s’adresse aux seniors, parce qu’il ne s’adresse pas aux seniors. Il s’adresse aux gens que la botanique, le cinéma ou la reliure intéressent. Que la moyenne d’âge y soit de soixante-dix ans est une conséquence, pas une intention.

Résultat : les répertoires qui classent par âge ne les référencent pas, et la personne qui cherche par âge ne les trouve pas. J’ai mis des mois à comprendre ce mécanisme et je trouve qu’il explique beaucoup de choses sur le sentiment d’avoir fait le tour de l’offre locale en trois clics.

Il y a une seconde raison, moins mécanique. Plusieurs personnes à qui j’en ai parlé m’ont dit qu’elles ne cliquaient pas sur une annonce portant le mot senior, même quand elle leur correspondait exactement. Une amie de soixante-six ans m’a expliqué qu’elle ne se rangeait pas dans cette catégorie et qu’une activité ainsi étiquetée lui donnait l’impression d’être classée avant d’être accueillie. Le mot écarte donc les gens deux fois : il empêche de trouver ce qui n’est pas étiqueté, et il dissuade de s’inscrire à ce qui l’est.

Ce que j’ai trouvé en cherchant autrement

Mon ensemble vocal de Carouge en est l’exemple le plus net. Nous répétons le jeudi soir, nous chantons de la polyphonie Renaissance et des chansons francophones, et nos âges s’étalent de dix-neuf à quatre-vingt-deux ans. Rien dans l’annonce qui m’y a amenée ne parlait d’âge. Je chante alto, assez mal, et le moment que je préfère reste la tisane d’après répétition.

Dans le même genre, j’ai croisé au fil des mois un atelier de réparation de vélos dans un local de la Jonction, un groupe de marche du dimanche matin parti d’un simple message sur un panneau de boulangerie, et un cercle de lecture à voix haute dans une bibliothèque municipale qui tourne depuis neuf ans sans subvention ni site internet. Aucun de ces trois ne se présente comme une activité pour personnes âgées. Deux sur trois comptent une majorité de participants retraités.

Le cercle de lecture mérite un mot de plus, parce qu’il m’a appris quelque chose. Les participants lisent à tour de rôle, à voix haute, une vingtaine de minutes chacun. Personne ne commente le texte. La bibliothécaire qui l’anime m’a dit que c’était la règle fondatrice et qu’elle y tenait : pas de discussion, pas d’analyse, pas de niveau à tenir. Deux participants ne voient presque plus assez pour lire et viennent uniquement écouter. Je n’avais jamais pensé qu’une activité puisse être conçue pour que personne ne puisse s’y sentir mauvais.

Une méthode qui m’a servi

À force de tâtonner, j’ai fini par procéder à peu près toujours de la même façon. Je la donne telle quelle, sans prétendre qu’elle vaille pour tout le monde.

  • Commencer par le sujet, pas par le public. Chercher chant choral, jardin partagé, échecs ou histoire locale avec le nom de la commune, plutôt que seniors ou aînés.
  • Regarder les panneaux d’affichage physiques. Boulangerie, pharmacie, bibliothèque, hall de la maison de quartier. Une bonne partie de ce qui tourne depuis longtemps n’a jamais eu de présence en ligne.
  • Passer par la bibliothèque municipale. Les bibliothécaires savent systématiquement ce qui se passe dans le quartier, et ils sont les seuls à avoir une vue d’ensemble que personne ne leur a demandé de constituer.
  • Demander à la commune la liste des associations subventionnées. C’est un document public dans beaucoup de communes romandes, souvent une page, et il est plus complet que n’importe quel portail.
  • Appeler et poser une question concrète : à quelle heure, quel jour, faut-il apporter quelque chose. Le ton de la réponse renseigne davantage que n’importe quelle plaquette.

Ce que les répertoires officiels apportent quand même

Je ne veux pas donner l’impression que les structures institutionnelles ne servent à rien, ce serait injuste et faux. Pro Senectute tient des programmes d’activités cantonaux qui sont sérieux, réguliers et conçus pour des gens qui arrivent seuls, ce qui n’est pas rien. La Ville de Genève fait vivre Cité seniors avec un programme trimestriel que je consulte systématiquement. L’Avivo organise des sorties à des prix accessibles.

Ces offres ont un avantage réel sur les associations de quartier : quelqu’un vous accueille, vous présente, vous place. Si l’idée de pousser seule la porte d’un local inconnu vous paralyse, et c’est le cas de beaucoup de gens que je croise, commencer par là a du sens.

Elles ont aussi un avantage de continuité qu’on sous-estime. Une association de quartier portée par trois bénévoles s’arrête le jour où l’un d’eux tombe malade. J’en ai vu disparaître une entre ma première et ma deuxième visite, sans annonce, sans message, simplement une porte fermée un mardi. Les structures cantonales ont des salariés, un budget voté et un successeur prévu. Ce n’est pas glamour. Ça compte quand on construit une habitude sur plusieurs années.

Ma façon de faire, à force, consiste à mélanger les deux. Un rendez-vous institutionnel qui ne bougera pas, et une ou deux choses fragiles et vivantes à côté. Si l’une des deux s’arrête, il reste l’autre.

La question du transport, que j’avais sous-estimée

Un détail que je n’avais pas vu venir et qui revient dans presque toutes les conversations : l’activité idéale à vingt minutes de bus avec deux changements n’est pas une activité, c’est une contrainte. Une voisine a abandonné un atelier qu’elle adorait pour cette seule raison, après quatre mois.

Plusieurs communes romandes et plusieurs sections de la Croix-Rouge proposent des services de transport bénévole, souvent méconnus, parfois à des tarifs très modestes. Je l’ai appris par hasard, par une affiche. Pour savoir ce qui existe dans une commune précise, le centre médico-social est le bon point d’entrée, et c’est aussi lui qu’il faut contacter quand la situation d’une personne demande un accompagnement et pas seulement une occupation.

Si vous cherchez pour vous ou pour quelqu’un, commencez par le sujet qui vous intéresse réellement. J’ai raconté ailleurs ce que donne un lieu ouvert sans animation et ce que j’ai trouvé dans un atelier mémoire : dans les deux cas, ce qui décidait de tout était la façon dont quelqu’un accueillait les arrivants.

Laisser un commentaire