Tapez « association personnes âgées » dans un moteur de recherche et vous obtiendrez des annuaires, jamais un avis. Il existe en Suisse romande des dizaines de structures qui s’adressent aux aînés ou à leurs proches, et aucun document qui les compare. Après un an passé à pousser des portes pour ce carnet, j’ai fini par me constituer une petite liste de questions. Elle ne vaut pas une évaluation, je n’ai ni la méthode ni la légitimité pour ça, mais elle m’a évité de perdre du temps.
Association personnes âgées : pourquoi aucune liste ne suffit
Les annuaires classent par thème et par canton. Soutien à domicile, loisirs, défense des droits, accompagnement en fin de vie. C’est utile pour savoir ce qui existe, et complètement muet sur ce qui compte : est-ce que quelqu’un répond au téléphone, est-ce que la personne qui accueille a du temps, est-ce que l’activité annoncée a encore lieu.
J’ai appelé en janvier une association dont les coordonnées figuraient sur trois répertoires différents. Le numéro ne répondait plus depuis dix-huit mois. L’association existait toujours, sous un autre nom, dans un autre local. Aucun des trois répertoires ne le savait.
Le problème n’est pas la négligence des annuaires, qui sont souvent tenus par une seule personne à temps partiel. Il est structurel : une association change d’adresse, de président, d’horaire ou de nom sans prévenir personne, parce que prévenir les répertoires n’est le travail de personne. Plus la structure est petite et vivante, moins sa fiche est à jour. Les fiches parfaitement tenues appartiennent souvent à des structures qui ne font plus grand-chose.
Ce que je cherche à savoir avant tout le reste
Avec le temps, j’ai compris que je ne cherchais pas une association. Je cherchais une réponse à une situation, et ce sont deux démarches différentes.
Quand quelqu’un me demande un nom, je commence maintenant par demander ce qui se passe. Une personne qui s’ennuie et une personne qui n’arrive plus à gérer son courrier n’ont pas besoin du même interlocuteur, et la deuxième perdra trois mois si on l’envoie vers un club de loisirs. C’est une erreur que j’ai commise moi-même avec une voisine, par envie de bien faire.
Dans les grandes lignes, et en simplifiant beaucoup : pour l’isolement et l’occupation, les associations de quartier, les clubs et les programmes d’activités. Pour l’administratif, les droits et les prestations complémentaires, les services sociaux de Pro Senectute. Pour le quotidien à domicile qui se complique, le centre médico-social de la commune. Pour les troubles cognitifs et le soutien aux proches, l’Association Alzheimer Suisse et ses sections cantonales. Pour le transport et la présence, les sections romandes de la Croix-Rouge.
Ces frontières sont poreuses et je les trace grossièrement. Mais poser la question dans cet ordre, la situation d’abord et le nom ensuite, m’a évité la plupart de mes erreurs.
Les grandes structures, et ce qu’on y gagne
Quelques noms reviennent partout en Suisse romande et il serait absurde de les ignorer.
Pro Senectute, présente dans tous les cantons romands avec des antennes cantonales, couvre le conseil social, les démarches administratives, les prestations complémentaires, des activités et des cours. C’est la structure vers laquelle je renvoie le plus souvent, parce qu’elle a l’avantage d’exister partout et d’avoir des permanences identifiables.
L’Avivo, implantée notamment à Genève et dans le canton de Vaud, mêle défense des intérêts des retraités et activités concrètes, sorties, repas, permanences. Le ton y est différent, plus militant, ce qui plaît à certains et pas à d’autres.
L’Association Alzheimer Suisse et ses sections cantonales s’adressent aux personnes concernées par des troubles cognitifs et à leurs proches, avec des permanences téléphoniques et des groupes de parole.
La Croix-Rouge, à travers ses sections cantonales romandes, propose selon les régions du transport, de la présence à domicile et des services de secours à domicile.
L’avantage de ces structures est leur stabilité. L’inconvénient, que plusieurs personnes m’ont signalé, est qu’on peut s’y sentir un dossier parmi d’autres. Les deux remarques sont vraies en même temps.
Les petites associations, et ce qu’elles ont de mieux
Les plus belles choses que j’ai vues cette année venaient de structures minuscules. Un groupe de six bénévoles qui accompagne des personnes à leurs rendez-vous médicaux dans une commune vaudoise. Un cercle de lecture à voix haute dans une bibliothèque municipale, neuf ans d’existence, aucun site internet. Une association de quartier genevoise qui organise un repas mensuel où le placement à table est décidé par l’organisatrice, ce qui règle d’un coup le problème des gens qui viennent seuls.
Leur fragilité est évidente. Deux départs et tout s’arrête. J’en ai vu une disparaître entre ma première et ma deuxième visite.
Elles ont aussi un angle mort dont personne ne parle volontiers : elles reposent sur des bénévoles qui ne sont formés à rien, moi la première si je m’y mettais. Tant qu’il s’agit d’accompagner quelqu’un à un rendez-vous ou de lire un texte à voix haute, ça n’a aucune importance. Quand une situation se dégrade, quand quelqu’un pleure dans une cuisine ou ne se souvient plus pourquoi il est là, le bénévole se retrouve seul avec quelque chose qui le dépasse. Les associations qui ont prévu ce cas, c’est-à-dire qui savent vers qui appeler, se distinguent très vite des autres.
Les questions qui m’ont servi
Voici ce que je demande maintenant, systématiquement, au téléphone ou sur place.
- Depuis combien de temps l’activité existe-t-elle, et quand a eu lieu la dernière séance. Une réponse précise règle la question de la vitalité en dix secondes.
- Combien de personnes viennent habituellement. Pas combien sont inscrites : combien viennent.
- Qui accueille quelqu’un qui arrive pour la première fois, et seul. Si la réponse est vague, c’est déjà une réponse.
- Est-ce que ça coûte quelque chose, et que se passe-t-il si quelqu’un ne peut pas payer. Beaucoup d’associations ont une solution et n’en parlent jamais d’elles-mêmes.
- Qui finance, et jusqu’à quand. Une subvention communale renouvelée chaque année n’engage pas l’avenir de la même façon qu’un fonds pluriannuel.
- Vers qui vous orientez-vous quand une demande dépasse ce que vous faites. Une association qui sait nommer ses limites et ses relais est une association qui a de l’expérience.
Les questions qui ne m’ont servi à rien
Demander s’ils sont sérieux ne produit jamais d’information. Demander la liste des activités non plus : elle figure sur la plaquette et elle est souvent périmée. Demander un nombre de bénéficiaires annuels donne un chiffre que personne ne peut vérifier et qui ne dit rien de la qualité de l’accueil.
J’ai aussi cessé de me fier à l’apparence du site internet. Les deux meilleures structures que j’ai croisées n’en ont pas. Une des plus décevantes avait un site impeccable.
Et j’ai arrêté de demander si l’activité est adaptée aux personnes âgées, question que je posais au début et qui ne produit qu’un oui poli. Elle est vague, elle appelle une réponse commerciale, et surtout elle fait porter sur l’interlocuteur un jugement sur une personne qu’il ne connaît pas. La version qui marche est concrète : y a-t-il un ascenseur, combien de marches, est-ce qu’on reste debout, est-ce qu’il y a du bruit. Les réponses à ces cinq questions disent tout ce que l’autre formulation prétendait couvrir.
Le signal qui m’a le plus souvent eu raison
Si je devais n’en garder qu’un, ce serait le délai de rappel. Les associations où quelqu’un rappelle dans les quarante-huit heures sont, dans mon expérience limitée, celles où l’accueil se passe bien. Je ne sais pas expliquer la corrélation autrement qu’en supposant que les deux dépendent de la même chose : du temps disponible et de quelqu’un qui en a la charge.
Un dernier point, qui vaut pour tout ce carnet. Rien de ce que j’écris ici ne remplace un avis compétent sur une situation précise. Pour une personne dont la situation se dégrade, l’appel au centre médico-social de la commune et à l’antenne cantonale de Pro Senectute sont les deux démarches qui comptent, et elles ne coûtent rien.
Pour la suite, j’ai détaillé ce que fait réellement un centre médico-social, et comment je cherche les activités en partant du sujet plutôt que de l’âge. Si vous connaissez une association romande que je devrais aller voir, dites-le-moi : c’est comme ça que la moitié des textes de ce carnet ont commencé.