Un atelier bien-être pour seniors, vu de l’intérieur

Le mot bien-être me fait reculer. Il sent la bougie parfumée et la promesse molle. Je suis quand même allée à un atelier bien-être pour seniors proposé dans une salle paroissiale de la rive droite, par curiosité et parce qu’une amie insistait depuis des semaines. Nous étions quatorze, un samedi matin, et j’en suis sortie avec un avis moins net que prévu.

Ce que l’atelier bien-être seniors annonçait

Le descriptif promettait de la relaxation, des exercices de respiration, un temps d’échange et une initiation aux mouvements doux. Trois heures, trente francs, café compris.

Dans les faits, nous avons eu quarante minutes de mouvements debout, assez physiques pour que deux participantes s’assoient, vingt minutes de respiration, et une heure vingt de discussion. La relaxation annoncée s’est réduite à cinq minutes allongées sur un tapis, interrompues par la sonnerie d’un téléphone que personne n’a su éteindre.

Je ne le raconte pas pour me plaindre. Les trois heures ont été bonnes. Mais elles n’étaient pas celles de l’annonce, et je crois que l’écart vaut la peine d’être dit.

L’animatrice m’a expliqué après coup qu’elle adapte systématiquement. Si le groupe parle, elle laisse parler. Si personne ne parle, elle allonge les exercices. C’est intelligent et ça rend le descriptif à peu près inutile comme engagement. Deux participantes étaient venues pour la relaxation, l’une à cause de son sommeil. Elle est repartie sans ce pour quoi elle avait payé et sans avoir osé le dire.

La partie qui m’a plu et que je n’attendais pas

L’heure vingt de discussion a été, de loin, le meilleur moment. L’animatrice avait posé une question simple : qu’est-ce qui vous fatigue le plus dans une journée ordinaire. Elle a laissé le silence s’installer, ce qui demande un certain aplomb.

Les réponses n’avaient rien à voir avec ce que j’imaginais. Personne n’a parlé de douleurs. Une femme a dit que c’était de devoir demander. Un monsieur a dit que c’était le bruit du supermarché. Une autre a parlé des formulaires, et sept personnes sur quatorze ont hoché la tête en même temps.

Je suis rentrée en me disant que si un atelier bien-être pour seniors veut servir à quelque chose, c’est peut-être davantage par cette heure-là que par les étirements.

Sur les formulaires, la conversation a duré vingt bonnes minutes et je n’en avais pas prévu une ligne dans mes notes. Il était question des caisses maladie, des demandes de subside, des courriers qu’on reçoit en deux exemplaires et qu’on ne sait pas s’il faut renvoyer. Une participante a raconté qu’elle gardait tout dans un carton depuis trois ans, sans rien ouvrir, et deux autres ont dit faire pareil. Personne ne riait.

Ce que j’en retiens dépasse l’atelier : la fatigue dont ces gens parlaient n’était pas une fatigue du corps. C’était celle d’avoir à prouver, remplir, relancer. Je ne sais pas quelle activité physique répond à ça. Les services sociaux de Pro Senectute, eux, traitent précisément ce genre de dossier, et je ne suis pas certaine que les quatorze personnes de cette salle le savaient.

Ce qui m’a gênée

Deux choses.

La première : l’animatrice a glissé à deux reprises des affirmations sur ce qui serait bon pour le corps après soixante ans, sans jamais dire d’où elle les tenait. Je ne sais pas si c’était juste ou faux, et c’est précisément le problème. Une affirmation sans source, dans une salle où quatorze personnes prennent des notes, me met mal à l’aise. Je tiens à ce que chaque information soit vérifiable et je m’applique la même règle sur ce carnet, comme je l’explique sur la page consacrée à ma démarche.

La seconde : le mot seniors, écrit en grand sur l’affiche. Deux participantes m’ont dit qu’elles avaient hésité des mois à cause de ce mot. L’une d’elles a soixante-deux ans et ne se reconnaît pas dedans. On revient à la question du vocabulaire, qui me paraît tout sauf accessoire.

J’ajoute une gêne plus personnelle, moins défendable. Il y avait un seul homme dans la salle et il n’a pas parlé une fois en trois heures. Je ne sais pas si c’est lié au format, à l’affiche, ou simplement à lui. Mais j’ai constaté exactement la même proportion à l’atelier mémoire de Carouge, dix femmes pour un homme, et deux fois ne font pas une statistique mais commencent à faire une question.

Ce que j’en ferais

Si l’idée vous tente, je regarderais trois points avant de m’inscrire, parce que ce sont ceux qui ont fait la différence ce samedi-là.

Le nombre de participants, d’abord. À quatorze, la discussion a fonctionné. Au-delà de vingt, j’imagine mal que chacun puisse parler.

Le déroulé horaire précis, ensuite. Demandez combien de minutes pour chaque partie. L’écart entre l’annonce et la réalité venait de là, et une question au téléphone l’aurait révélé.

Enfin, qui anime et à quel titre. Pas pour exiger un diplôme, mais parce que savoir si on a affaire à une bénévole, à une animatrice formée ou à une professionnelle d’un autre domaine change ce qu’on peut attendre de la séance et ce qu’il faut prendre avec des pincettes.

Où trouver ce genre de chose en Suisse romande

Les propositions de ce type circulent peu en ligne. Celle-ci, je l’ai vue sur une affiche de boulangerie. Pro Senectute organise dans plusieurs cantons romands des activités de mouvement et des cours réguliers, avec des programmes trimestriels consultables en antenne. Les communes relaient parfois des offres associatives dans leur bulletin papier, qui reste la source la plus complète d’après ce que je constate. Cité seniors, à Genève, publie un programme où ce genre d’atelier apparaît régulièrement.

Pour une difficulté physique installée, une douleur ou une question de santé, ce n’est évidemment pas un atelier qu’il faut, et encore moins ce carnet : le médecin de famille et le centre médico-social sont là pour ça, et je l’écris sans détour.

Je retiens surtout l’heure de discussion, et la réponse sur les formulaires qui a fait hocher la tête à la moitié de la salle. J’ai écrit ailleurs sur le creux des premiers mois de retraite : ce qui revient à chaque fois, c’est que les gens viennent pour l’activité annoncée et restent pour autre chose.

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