Les exercices de mémoire pour seniors que j’ai testés sur moi

Après les six séances de Carouge, je me suis demandé ce que donneraient les mêmes exercices sans groupe, chez moi, un carnet à côté. J’ai commencé par taper « exercice mémoire senior » dans un moteur de recherche, ce qui m’a donné quatre cents pages se recopiant les unes les autres. J’ai refermé l’ordinateur et j’ai tenu huit semaines toute seule, du début juillet à la fin août, en notant chaque soir ce que j’avais fait et ce que j’en pensais. Ce qui suit est ce qu’il en reste, et j’insiste d’entrée : c’est une expérience à une seule personne, qui ne prouve rien.

Exercice mémoire senior : cinq méthodes et leur durée de vie chez moi

Les mots croisés ont duré quatre jours. Je n’aime pas ça, je n’ai jamais aimé ça, et faire par discipline quelque chose qu’on n’aime pas est la meilleure façon d’arrêter. C’est peut-être la seule conclusion solide de ces huit semaines.

Les listes de mots à mémoriser ont duré dix jours. L’exercice fonctionne, au sens où je progressais, mais il ressemble tellement à un contrôle scolaire que je le repoussais au soir, puis au lendemain.

La description de photographie a tenu les huit semaines. Je prends une de mes tirages, je la regarde deux minutes, je la retourne, et j’écris ce que j’ai vu. Puis je compare. Les premiers jours, je notais quatre éléments. À la fin, une douzaine, et surtout des éléments différents : les ombres, le bord du cadre, ce que fait la main gauche du passant. Je soupçonne que ce que j’ai entraîné là est le regard plutôt que la mémoire, mais le résultat me convient.

Le trajet raconté à voix haute a tenu aussi, parce qu’il ne coûte rien. En rentrant, je redis le chemin parcouru, dans l’ordre, avec les vitrines. Ça occupe l’ascenseur.

Le prénom associé à un détail, enfin, est devenu une habitude et je ne le compte plus comme un exercice. C’est de loin ce qui a eu l’effet le plus visible dans ma vie ordinaire.

Les quatre cents pages qui disent la même chose

Un mot sur ce que j’ai trouvé en cherchant, parce que ça m’a coûté une soirée et que ça peut en épargner une.

Les listes d’exercices qui circulent se ressemblent toutes : sudoku, mots croisés, apprendre une langue, jouer d’un instrument, mémoriser une liste de courses. Aucune de ces pages ne dit combien de temps, à quelle fréquence, ni comment on sait que ça sert à quelque chose. Plusieurs se terminent par la vente d’un abonnement à un programme d’entraînement en ligne, ce qui explique sans doute le reste.

Les documents sérieux que j’ai trouvés disent quelque chose de nettement moins vendeur. Les brochures de prévention publiées en Suisse romande, celles de Pro Senectute notamment, mettent systématiquement l’activité physique, le sommeil et la vie sociale avant les exercices cognitifs proprement dits. Je ne suis pas en mesure d’évaluer ces recommandations et je ne fais que rapporter ce que j’y ai lu. Mais le contraste entre les deux types de sources est si net qu’il mérite d’être signalé.

Ce qui m’a décidée à faire l’expérience quand même, c’est que je voulais savoir ce qui tenait, pas ce qui marchait. La question du maintien dans le temps n’est traitée nulle part, et c’est pourtant la seule qui se pose quand on est seule chez soi un mardi de juillet.

Ce que le carnet m’a appris sur moi plutôt que sur la mémoire

En relisant huit semaines de notes, j’ai vu un motif que je n’avais pas prévu. Les trois exercices qui ont tenu sont ceux qui s’accrochaient à quelque chose que je faisais déjà : la photographie, la marche, les conversations. Les deux qui sont tombés sont ceux qui demandaient un moment dédié.

Ça me paraît valoir plus que n’importe quel classement d’exercices. Un exercice de mémoire qui exige un créneau dans la journée entre en concurrence avec tout le reste, et il perd. Celui qui se greffe sur une habitude existante ne demande aucune décision.

Le deuxième motif est moins flatteur. Les deux exercices abandonnés sont aussi ceux où j’étais mauvaise et où je le voyais noir sur blanc. Les listes de mots donnent un score. La description de photographie n’en donne pas : je compare, je constate, et rien ne me dit si douze éléments est un bon résultat. J’ai arrêté ce qui me notait. À soixante-quatre ans, avec une vie professionnelle derrière moi, je trouve ça un peu ridicule et parfaitement humain.

Ce que je ne peux pas dire

Je ne peux pas dire que ma mémoire s’est améliorée. Je n’avais pas de mesure au départ, je n’en ai pas à l’arrivée, et mon impression d’aller mieux est exactement le genre de donnée dont il faut se méfier. L’animatrice de Carouge avait d’ailleurs prévenu le groupe : ce qu’on installe, ce sont des habitudes d’attention, pas une capacité.

Je ne peux pas non plus dire que ça conviendrait à quelqu’un d’autre. Une voisine à qui j’ai raconté l’histoire de la photographie m’a répondu qu’elle n’a jamais pris de photos de sa vie et que l’exercice lui paraissait absurde, ce qui est parfaitement juste pour elle.

Et surtout : rien de tout cela ne concerne une inquiétude réelle sur la mémoire, la sienne ou celle d’un proche. Les oublis qui changent le quotidien, ceux qui inquiètent l’entourage, relèvent d’une consultation et d’organismes compétents. L’Association Alzheimer Suisse et ses sections cantonales renseignent les proches, et le médecin de famille reste le premier interlocuteur. Un carnet comme le mien n’a rien à dire là-dessus.

Si vous voulez essayer

Partez de ce que vous faites déjà. Si vous cuisinez, refaites de mémoire les proportions d’une recette que vous connaissez par cœur, puis vérifiez. Je m’y suis mise avec mon cahier de lacto-fermentation, où je note depuis des années les quantités de sel et les durées, et c’est devenu un exercice sans que je l’aie décidé. Si vous marchez, racontez le trajet. Si vous lisez, résumez le chapitre de la veille avant d’ouvrir le livre.

Et gardez une trace écrite, même minimale. Trois lignes par soir suffisent. Ce n’est pas pour mesurer un progrès, c’est pour repérer au bout de quinze jours ce que vous évitez, et donc ce qu’il faut laisser tomber sans culpabiliser.

J’ai raconté les six séances collectives dont tout ça est parti, et la différence entre faire seul et faire en groupe y saute aux yeux. Si vous avez testé d’autres méthodes, le formulaire de contact est ouvert.

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